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Rapport de la BAD sur les perspectives économiques en Afrique: récession en 2020 et rebond de croissance en 2021

Rapport de la BAD sur les perspectives économiques en Afrique: récession en 2020 et rebond de croissance en 2021
Jeudi 09 juillet 2020 à 19:15
La Banque Africaine de Développement basée à Abidjan vient de publier son supplément “Perspectives économiques en Afrique 2020". En terme de croissance, l’Afrique pourrait perdre entre 145,5 milliards et 189,7 milliards de US$, alors que les pertes d’emploi et l'aggravation de la pauvreté vont encore s’intensifier.
 
Nous avons résumé les principaux axes du rapport, avec un focus sur le PIB, l’inflation, les économies africaines les plus touchées, les conséquences socio-économiques et les perspectives de reprise pour l’année 2021.
 
Une contraction du PIB de 1,7% en Afrique
 
Selon les auteurs du rapport de la Banque Africaine de Développement, “le PIB réel en Afrique devrait se contracter de 1,7 % en 2020, soit une baisse de 5,6 points de pourcentage par rapport aux projections de janvier 2020” avant l’apparition de la COVID–19. Cette estimation a été faite sur la base que la pandémie serait “substantielle mais de courte durée”. Cependant, si la pandémie se poursuivait au-delà du premier semestre de 2020, la contraction du PIB en 2020 pourrait être beaucoup plus marquée, précise le rapport.
 
Une accélération soudaine de l’inflation
 
Le rapport ajoute que la pandémie du coronavirus a provoqué une accélération de l’inflation sur le continent. “En raison des perturbations dans l’approvisionnement en ressources alimentaires et énergétiques”, l’inflation qui dépassait déjà 5 % au premier trimestre de 2020 continuera son ascension. Cependant, celle-ci pourrait se stabiliser une fois la pandémie sous contrôle.
 
Les économies africaines les plus touchées
 
“Les économies exportatrices de pétrole comme l’Algérie (–4,4  %), l’Angola (–3,1  %), la Guinée Équatoriale (–9,2 %), la Libye (–25,4 %) et le Nigéria (–4,4 %), ainsi que d’autres économies riches en ressources naturelles comme le Botswana (–5,5 %), l’Afrique du Sud (–6,3 %) et la Zambie (–4 %) devraient connaître les déclins les plus forts”, détaille l'étude.
 
Par ailleurs,  “les économies dépendantes du tourisme comme l’Île Maurice (–7,5  %), São Tomé-et-Principe (–6,1  %) et les Seychelles (–10,5  %) seront les plus gravement touchées.”
 
Des conséquences désastreuses pour les populations: 49 millions d’Africains pourraient basculer dans l’extrême pauvreté
 
“En 2021, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté pourrait croître entre 34 et 49,2 millions en raison de la pandémie et de la chute du PIB” estiment les auteurs de l’étude. Les deux des pays les plus peuplés d’Afrique, le Nigéria et la République Démocratique du Congo, seront tout particulièrement impactés. Par ailleurs, “entre 24 et 30 millions d’emplois pourraient être perdus” d’ici la fin de l’année 2020.
 
Hanan Morsy: “Les décideurs politiques doivent agir rapidement pour atténuer l’impact de la crise”
 
Pour Hanan Morsy, la directrice du Département des politiques macroéconomiques, des prévisions et de la recherche à la Banque africaine de développement, l’étude montre que « pour la première fois depuis un demi-siècle, l'Afrique serait confrontée à une récession économique en raison des retombées de la pandémie de COVID-19. Cela affecterait les progrès réalisés en matière de réduction de la pauvreté car on estime que 49 millions d'Africains pourraient être poussés dans la pauvreté, avec environ 30 millions d'emplois sur le point de disparaître. Les décideurs politiques doivent agir rapidement pour atténuer l'impact de la crise sur les groupes vulnérables grâce à des mesures de protection sociale bien ciblées. »
 
Lueur d’espoir : une reprise en 2021 avec un taux croissance estimé à 3%
 
L’Afrique devrait connaître un rebond de croissance économique de 3 % en 2021, prévoit la Banque africaine de développement. Cependant, la reprise va varier d’une région et d’un pays à l’autre, explique Hanan Morsy: "Il y a une variation significative sur l'impact de la COVID19 et les perspectives de reprise entre les régions et les économies ... L'Afrique de l'Est pourrait être la plus résiliente, tandis que l'Afrique australe pourrait être la plus durement touchée en 2020."
 
 
De plus, les perspectives de reprise “demeurent incertaines et fragiles” affirment les auteurs du rapport. “Cette reprise en forme de V ne devrait être que partielle car des secteurs tels que le tourisme, les transports et les loisirs pourraient mettre plus de temps à se rétablir complètement.”
 
Tout dépendra également de la capacité des pays africains à maîtriser la propagation du virus. “La poursuite et la généralisation de la contagion et une deuxième vague épidémique de COVID–19 qui entraînerait le maintien des restrictions telles que la distanciation physique, la fermeture des frontières et les quarantaines sont des risques persistants” expliquent les auteurs du rapport.
 
Parmi les autres risques, les auteurs de l’étude citent “la baisse du prix des produits de base, notamment celui du pétrole, des marchés financiers tendus et volatiles, de potentiels troubles sociaux, insurrections et conflits armés et les catastrophes naturelles, telles que les inondations, les autres épisodes météorologiques extrêmes et les invasions acridiennes en Afrique de l’Est.”
Source : Isabelle Dana Bilal
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